Ces beaux noms d’hérésies renvoient à une nature qui s’oublierait assez pour échapper à la loi, mais se souviendrait assez d’elle-même pour continuer à produire encore des espèces, même là où il n’y a plus d’ordre. La mécanique du pouvoir qui pourchasse tout ce disparate ne prétend le supprimer qu’en lui donnnant une réalité analytique, visible et permanente : elle l’enfonce dans les corps, elle le glisse sous les conduites, elle en fait un principe de classement et d’intelligibilité, elle le constitue comme raison d’être et ordre naturel du désordre. Exclusion de ces mille sexualités aberrantes ? Non pas, mais spécification, solidification régionale de chacune d’elles. Il s’agit, en les disséminant, de les parsemer dans le réel et de les incorporer à l’individu.
Michel Foucault Histoire la sexualité, 1 : la volonté de savoir / 1976

19 mars 2012

Mis ojos, sin tus ojos...

Mis ojos, sin tus ojos, no son ojos,
que son dos hormigueros solitarios,
y son mis manos sin las tuyas varios
intratables espinos a manojos.


No sé qué es de mi oreja sin tu acento,
ni hacia qué polo yerro sin tu estrella,
y mi voz sin tu trato se afemina.


No me encuentro los labios sin tus rojos,
que me llenan de dulces campanarios,
sin ti mis pensamientos son calvarios
criando cardos y agostando hinojos.


Los olores persigo de tu viento
y la olvidada imagen de tu huella
que en ti principia, amor, y en mi termina.


Miguel Hernandez (1910-1942)

Mes yeux, sans tes yeux, ne sont pas des yeux,
mais deux fourmilières désertées,
et mes mains sans les tiennes sont autant
de grappes de coriaces épineux.

Et je ne sais ce que serait mon oreille sans ton accent,
ni vers quel pôle je m'égarerais sans ton étoile, 
et ma voix sans toi se féminise.

Je ne sens plus mes lèvres sans tes lèvres rouges,
qui me remplissent de douceurs,
sans toi mes pensées sont un calvaire
où poussent les chardons et sèchent les fenouils.

 Je poursuis la piste de ton parfum
et l'image oubliée de ton empreinte,

qui en toi commence, Amour, et en moi s'achève



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