Ces beaux noms d’hérésies renvoient à une nature qui s’oublierait assez pour échapper à la loi, mais se souviendrait assez d’elle-même pour continuer à produire encore des espèces, même là où il n’y a plus d’ordre. La mécanique du pouvoir qui pourchasse tout ce disparate ne prétend le supprimer qu’en lui donnnant une réalité analytique, visible et permanente : elle l’enfonce dans les corps, elle le glisse sous les conduites, elle en fait un principe de classement et d’intelligibilité, elle le constitue comme raison d’être et ordre naturel du désordre. Exclusion de ces mille sexualités aberrantes ? Non pas, mais spécification, solidification régionale de chacune d’elles. Il s’agit, en les disséminant, de les parsemer dans le réel et de les incorporer à l’individu.
Michel Foucault Histoire la sexualité, 1 : la volonté de savoir / 1976

18 mars 2012

de quoi l'Europe Sarko-Merkel accouchera-t'elle?

Laurent Blachier, "s'avancer Germain dans la main", Libération 14 02 2012
Kate Moss pub YSL par Mario Sorrenti, 1998
dans l'esprit d'une célèbre toile de l’École de Fontainebleau, -environ 1595- (on y voit Gabrielle d'Estrée se faisant pincer le téton droit par l'une de ses sœurs), L.Blachier représente le couplé gagnant de l'Europe, à l'identique, en supprimant toutefois l'arrière plan qui apportait à la scène originale son signifiant historique; conformément aux règles du genre, il laisse les visages caricaturés occuper la plus grande partie de l'espace. dans les autres représentations, les visages se veulent inexpressifs, ou plutôt maîtres d'une expression contenue, ils sont à la fois tendres et tout en réserve. ici rien de cela. Sarkozy est voyeur-gêné, acteur-concupiscent, subalterne et insolent. il a la hardiesse du faible qui s'ignore manipulé. l’œil las, le nez tendu vers son méprisable peloteur c'est Merkel, elle exprime d'une torsion de bouche une répugnance passive, acceptée du fait probable d’intérêts supérieurs. l'un et l'autre, chope en main, scellent dans le partage d'un toast mystérieux la raison de leur union que rien ne doit révéler ici. la partie se joue entre eux deux, le spectateur n'est d'aucune manière convié à intervenir dans cette relation. seules les expressions malsaines des acteurs laissent supposer de cette union qu'elle se fait contre nature. le couple est isolé dans sa relation.
dans les autres scènes, originale compris, le spectateur est invité du regard, en tant que témoin, par le personnage de gauche, qui est aussi l'acteur principal, celui qui annonce..on lui donne aussi des éléments de lecture,des symboles parlants, des codes établis. la Duchesse de Villars indique par son geste la grossesse de sa sœur. la paternité royale est attestée par le tableau au-dessus de la cheminée, on y aperçoit, certes pas l'auguste géniteur, mais ce qui pourraient être ses jambes nues.  
Sorrenti réalise de son côté une pub pour une collection de couture, lui, met davantage en scène le dialogue du vêtement et de la nudité, la séduction tant de l'un que de l'autre, la scène semble inintelligible parce qu'elle convie à un mystère, à célébrer ensemble, celui de la beauté. l'homme nu est au premier plan, dans le rôle ambigü du créateur. 
quand à Harald Seiwert, il met en évidence un propos plus revendicatif, en conservant les attitudes neutres des personnages mais posant la situation affichée d'un amour érotisé entre deux personnes de même sexe, d'autant plus subversif qu'il semble absolument tranquille. 
dans ces trois œuvres le sujet de droite tient précieusement dans sa main gauche une bague qui indique l'union à venir et non une chope de bibine prussienne, on ne peut plus triviale, qui scelle l'unité de vues entre deux coquins "europicides".

 
Harald Seiwert     






 
Gabrielle d'Estrées et sa soeur au bain, Ecole de Fontainebleau, 1595

     

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