10 novembre 2011

Samuel Costa, photographe 1954-1987


outil de mémoire souvent, la photographie n'en est pas moins un art amnésique. les clichés restent, originaux solitaires ou dupliqués jusqu'à épuisement des supports et des regards, tandis que les noms se perdent pour peu qu'ils aient été un jour connus. 
mon intention est que quelque part dans la toile figure celui de Samuel Costa, pour lui, pour les siens, pour ceux qui l'ont approché, apprécié, aimé. voire admiré comme moi. la photo et lui se sont rencontrés et plus quittés, il a voulu en percer tous les secrets, aborder tous les genres, faire vite, sans savoir pourquoi il voulait faire si vite, juste par bonheur pensait-il sans doute. parce que son bonheur est présent dans chaque cliché, nature, esthétisant ou facétieux. autant que dans tout son être. son regard lisait le monde, en cherchait structures et articulations. les corps de notre monde qui découvraient enfin la lumière, le droit d'être beaux et sensuels. je verrais plus tard qu'elles étaient ses influences, ses maîtres avec lesquels il élaborait son propre langage.
dans un hors-série photo de 1988 que Gai Pied lui co-dédiait avec Bernard-Pierre Wolff, également décédé, Frank Arnal écrivait sous le titre : COSTA DESTIN BRISE
Quand Samuel a décidé de quitter temporairement Paris pour retourner vivre quelques temps à Goïania dans sa famille, il pensait que ce serait suffisant pour se refaire une santé. C'est là-bas, au Brésil, qu'il est mort dans une ambulance appelée d'urgence. Samuel aurait dû rester à Paris et prendre en charge sa maladie, mais il a pensé qu'un court séjour dans son pays natal suffirait à le remettre sur pieds. C'était sans doute folie mais comment ne pas comprendre : il commençait à peine une brillante carrière de photographe et ne pouvait envisager une mort aussi absurde.
Samuel est né à Jataï au Brésil, dans l’État de Goïas, d'une famille de fermiers. Il est arrivé à Paris en 1975, à vingt et un ans. Débrouillard, il se fait engager par la famille Bousquet (Cacharel) pour emmener leurs enfants à l'école. La nuit il est portier dans un hôtel. Il s'inscrit à l'Université de Vincennes et y apprend les techniques de la photo. Ses premiers clichés paraissent dans Gai Pied dont il devient collaborateur régulier en 1983, quand le journal prend un rythme hebdomadaire. Il s'exerçait surtout dans le portrait et le nu mais, disciple de Daniel Aron, il réalisa de nombreuses natures mortes qu'on commençait à publier dans les suppléments du Monde ou au Magazine Littéraire. Dans les deux cas son œuvre naissante était majoritairement en noir et blanc.
A trente trois ans Samuel refusait d'envisager exposition ou recueil de photos, préférant laisser mûrir son travail. Nos lecteurs connaissent bien sa série de garçons, qu'il préférait présenter sous le nom de Dimitriu quand la pose était trop sexy. Samuel savait qu'on ne pardonne pas certaines dérogations aux convenances. Va donc pour Dimitriu! La photo était parfaite, l'éclairage sûr et précis... corps répandus sur des fonds étoilés ou lumineux. Ce furent les fameuses couvertures (qui ont contribué au succès du journal).
Douloureux mois d'octobre 87. Le journal a perdu un précieux collaborateur mais aussi un ami passionné par son métier et par l'aventure GPH.
Costa reste parmi nous.
non, ce n'est pas une oraison funèbre, non plus une froide fiche bio sans affect, c'est l'esquisse d'un personnage tellement prometteur, la présentation d'une œuvre en devenir. c'est la seule biographie que je connaisse de lui. en ce temps la mort frappait en continu.
(les photos sont extraites de Gai Pied Hebdo n°149/150 du 22 décembre 1984)

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