Ces beaux noms d’hérésies renvoient à une nature qui s’oublierait assez pour échapper à la loi, mais se souviendrait assez d’elle-même pour continuer à produire encore des espèces, même là où il n’y a plus d’ordre. La mécanique du pouvoir qui pourchasse tout ce disparate ne prétend le supprimer qu’en lui donnnant une réalité analytique, visible et permanente : elle l’enfonce dans les corps, elle le glisse sous les conduites, elle en fait un principe de classement et d’intelligibilité, elle le constitue comme raison d’être et ordre naturel du désordre. Exclusion de ces mille sexualités aberrantes ? Non pas, mais spécification, solidification régionale de chacune d’elles. Il s’agit, en les disséminant, de les parsemer dans le réel et de les incorporer à l’individu.
Michel Foucault Histoire la sexualité, 1 : la volonté de savoir / 1976
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14 août 2014

James Ellroy, "Tijuana mon amour"

Les états de grâce, ça va, ça vient. On ne les perçoit pas comme tels sur le moment. On les examine a posteriori, individuellement ou en groupe, et on leur superpose un schéma narratif. En définitive, cela se résume à ce qu'on a eu et qu'on a perdu.
Ces schémas s'appliquent à des nations, à des villes, à des gens. Des photos en Kodachrome les complètent. Des couleurs délavées les rehaussent de leur halo. Une musique sirupeuse remplit le reste de l'image et vous suggère ce qu'il faut en penser.
C'était mieux avant. Nous étions meilleurs à cette époque. J'étais plus jeune alors.
Ce ne sont qu'apparences trompeuses de bout en bout. C'est une reconstitution à l'eau de rose rendue possible parce qu'elle est vrai­semblable. Elle obscurcit les faits plus qu'elle ne les éclaire. Elle contient juste assez de vérité incontestable pour rester viable.
Une saison définit tout un état d'esprit. Un nom emblématique la représente. Des chevaliers et des demoiselles en une époque sans pitié. Un mélo qui fait pleurer à chaudes larmes - sur scène, à l'écran et sur CD.
Une comédie musicale sentimentale et un concept artistique usé jusqu'à la corde. Avec la croisée de trois chemins dont l'image m'est chère et reste bien nette dans ma tête.

James Ellroy, Tijuana mon amour

05 avril 2013

TOLERANCE ZERO

photo : Yaniv Edry, Sexy barber shop

ASSEZ!!! de cette tribune permanente accordée, sans modération ni précautions, aux hétérocrates de toutes obédiences, enchevêtrant morale et homophobie dans leurs manifestes obscurantistes. ASSEZ!!! de la triade orgasmique des Barjot, Bongibault, Boutin ; des monseigneur Machin, rabbin Truc, imam Chose et consorts, faisant singulièrement chorus pour remettre dans l'air du temps des propos que mon arrière grand-mère aurait pu tenir.
indigne, pénible, insupportable, odieux, détestable, abject : INTOLERABLE! tel est ce combat de civilisation, comme il se présente modestement dans les colonnes du Figaro, dont le caractère anti-pédés absout la transgression de principes républicains qu’on nous disait pourtant garants de la paix civile et institutionnelle.

je déteste ce rose-pinky, arboré comme une insulte permanente pour remettre en mémoire les couleurs de la follasse anormée qui fut le lieu commun de l’opprobre et de la raillerie.

je hais ces propos réducteurs qui amalgament toutes les pratiques, à commencer par celle d’être parent, dans une même perversion.

j’exècre cette hypocrisie invoquant à l’envie un état de nature pour mieux refouler ceux qui n’y croient pas, ceux qui ne veulent pas être esclaves de cette néo-écologie morale fasciste, ceux qui ne prennent pas d’assurance eschatologique avec un dieu vengeur et misanthrope.

et que dire de cette mascarade familiale, dont on ne nous épargne pas le vocabulaire simpliste et affectif pour mieux exposer les enfants, jusque la maltraitance, et servir l’argumentaire de leurs géniteurs-propriétaires, leurs « papa - maman » hétéro-corrects. pédophilie légale des braves gens, non moins obscène et turpide que son pendant libidineux parce qu’elle use du même pouvoir du fort sur le faible.  

je me refuse à tolérer ces gens autant qu’être l’objet de leur tolérance, être l’alibi de leur bonne conscience, le gage de leur normalité.

mais que craignent-ils d’une égalité de droits qui serait la mise en textes de situations existantes et visibles ?, la condition à l’apaisement de vécus jusqu’alors complexes ?

serait-ce l’émergence improbable d’un gay-power radical dont les excès approcheraient par trop les pratiques de leur actuelle domination ? s’estimeraient-ils déjà suffisamment découverts pour justifier d’impitoyables oukases?

étant donné ce goût outrancier de toujours se positionner en victimes, cela ne m’étonnerait pas...

il fut un temps où j’aurais aimé les rassurer, leur dire que les histoires d’amours n’ont pas de hiérarchie, que les sociétés évoluent malgré tout, malgré tous, ce n’est qu’une question d’apaisement et de respect. un temps où il m’arrivait encore de prendre des baffes, souvent morales, parfois physiques ; mais en dépit d’une détermination quasi évangélique à faire passer le message, je n’ai jamais tendu l’autre joue pour satisfaire l’ire injuste de mes contradicteurs.

03 avril 2013

JERÔME LE CLOWN ROSE



il y a tant de reproches à lui faire que je ne sais plus où donner de la tête.
la vieille magouillette financière éventée depuis quatre mois, même pas frauduleuse si l’on fait abstraction des convictions et du métier de l’intéressé, a revêtu, au gré du temps et des mensonges, les atours du drame politique national. petite plongée de la Vème en ses eaux d’infamie, traversées des courants du parjure et de la traitrise. M. Cahuzac ne s’y sentira jamais seul, les gros poissons abondent ; normalement (dans la République normale que l’on connaît) c’est pêche interdite.
ignorait-il, le bon électeur, qu’on le prend pour un con ? au cas où, la démonstration ne manque pas d’être efficace.
Oh oui Jérôme ! encore ! fais moi mal !
trompe-moi ! fiche ma morale en l’air !
ça va durer combien de temps encore ?  la clownerie grotesque des représentants du Peuple ?
le c’est pas moi, c’est l’autre, et puis en fait c’est personne...
le traitre, ou celui qui donne des arguments à son ennemi.
voilà ton pouvoir dans ce climat insurrectionnel recherché par toutes les droites. on a confondu la morgue hautaine et naturelle des puissants avec ta fière apparence, et l’enfumage que tu nous servais pour les mots toujours justes et précis dont tu usais.

Othello, Acte I, Scène première.
Iago (à Roderigo) : Oh ! Monsieur, rassurez-vous. Je n’y reste que pour servir mes projets sur lui. Nous ne pouvons tous être des maîtres et tous les maîtres ne peuvent pas tous être fidèlement servis. Vous remarquerez beaucoup de ces marauds humbles et agenouillés qui, raffolant de leur obséquieux servage, s’échinent leur vie durant, comme l'âne de leur maître, rien que pour avoir la pitance. Se font-ils vieux, on les chasse : fouettez-moi ces honnêtes drôles !... Il en est d'autres qui, tout en affectant les formes et les visages du dévouement, gardent dans leur cœur la préoccupation d’eux-mêmes et qui, ne jetant à leur seigneur que des semblants de dévouement, prospèrent à ses dépens, puis, une fois leurs habits bien garnis, se font hommage à eux-mêmes. Ces gaillards-là ont quelque cœur, et je suis de leur nombre, je le confesse. En effet, Seigneur, aussi vrai que vous êtes Roderigo, si j'étais le More, je ne voudrais pas être Iago. En le servant, je ne sers que moi-même. Ce n’est, le Ciel m’est témoin, ni l’amour, ni le devoir qui me font agir, mais, sous leurs dehors, mon intérêt personnel. Si jamais mon action visible révèle l’acte et l’idée intimes de mon âme par une démonstration extérieure, le jour ne sera pas loin où je porterai mon cœur sur ma manche, pour le faire becqueter aux corneilles.... Je ne suis pas ce que je suis.

quelque chose me dit, émotionomètre intime peut-être, que mon indignation non retenue n’eut pas été la même si :
des faits similaires s'étaient produits dans les rangs d’un gouvernement de droite...
la personne de M. Cahuzac m'avait été sympathique...
ou antipathique...
j’avais été un social démocrate convaincu...
ou un coriace réactionnaire...
...
aurais-je encore pu choisir entre acrimonie et écœurement ?
et m’y serais-je laissé emporter sans y réfléchir davantage ?
...
la trahison ne porte en elle-même aucun genre, elle se décline ingénument du don de soi à la cupidité, du courage résolu à la lâcheté aboulique. quel qu’en soit le mobile, la trahison trahit d’abord son auteur. héros ou parjure, dans la lumière de son acte, reste le manipulateur.
les yeux dans les yeux l’ancien Ministre du Budget avait qualifié le leader du Parti de Gauche de clown, ce dernier s’était abstenu de l’habituel c’est çui qui dit qu’y est !


04 mars 2013

les bêtes à bon dieu s'enculent aussi

je m’apprêtais à vivre dans une indifférence totale, et combien salutaire, ce Woodstock cardinalice en effervescence à Rome pour désigner la nouvelle idole des jeunes.
je pensais, j'espérais même, en avoir fini de mes bondieuseries. mais je suis carrément rattrapé par le lobby gay. oui, oui : le lobby gay, celui qui vient d'attaquer sournoisement le Vatican.
figurons-nous nos bons pères les mains bien jointes et tout accaparés à la préservation de nos âmes, dans l'univers cosy-feutré que leur concocta, entre autres, Donato Bramante, soudain pétrifiés  à l'annonce de cette présence satanique si proche. vade retro lobby gay ! décrétèrent, nous dit-on, les trois pétulants enquêteurs du Saint Siège. cardinal Julian Herrantz Casado, 82 ans, cardinal Jozef Tomko, 88 ans, et le bébé, cardinal Salvatore di Giorgi, 81 ans.
j’imagine que parmi les nombreux démons qui apparurent à ces trois là au cours de leurs exhaustives auditions, il a fallu faire un petit tri, et je pense que l’on n’a pas mis en avant le plus épouvantable, mais sans aucun doute le plus en adéquation avec l’air du temps et les préoccupations de l’Eglise catholique et romaine. un scandale de cul c’est toujours plus à la portée de la compréhension des masses que des collusions avec la mafia, vatileaks ou l’héritage moral de la banque Ambrosiano. et puis casser du pédé ça reste bon pour l’image d’un prélat.
mais moi, « lobby gay » j’ai pas compris. que des homos se tapent du curé plutôt bien placé dans la hiérarchie, ça me paraît banal. autant que les putes, les maîtresses cachées et le reste. que certains et certaines, les moins scrupuleux certes, exercent un chantage sur les bénéficiaires du service rendu, ce sont des choses qui arrivent quand on n’est pas prudent. mais pourquoi « lobby » ?
et pourquoi donc l’expression a-t-elle été reprise partout sans plus de critiques ni explications ? ça m’a semblé un peu raide de vouloir encore faire jouer aux pédés le rôle des méchants et aux bons pasteurs celui des éternels gentils parce que éternelles victimes. les martyrs du cul dans leurs robes rouge et noire affrontant sous le regard du Christ juge leur misère humaine...
une chose est sûre le lobby en question n’agissait visiblement pas pour l’intégration évangélique de la communauté gay.

14 février 2013

L'Assemblée a adopté...

RAFI PERETZ
je cherchais quelque chose de joyeux qui illustrerait mon état d'esprit après ce long débat à l'Assemblée. j'en ai oublié qu'il y a encore bien peu de temps j'imaginais naïvement n'être pas concerné... merci à la bêtise pour ce petit rappel qui me permet de caser Bakounine : la liberté des autres étend la mienne à l'infini. ce sera donc naïf et joyeux, et ça se passe de commentaires. sinon d'aller se réchauffer en regardant les peintures de Rafi Peretz.

12 février 2013

Pape et homosexualité, le sale engrenage Radzinger




méditons donc.
depuis 1998, sous le pontificat de Jean Paul II qui a Joseph Radzinger pour plus proche conseiller, la répression de l’homosexualité a connu quatre épisodes notoires. cela débute par le suicide de l’écrivain et ancien séminariste sicilien Alfredo Ormando.
revenons en 1981, Radzinger est nommé par le pape Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ministère, (ou dicastère pour parler romain), extrêmement en vue à un moment où nombre de voix progressistes se font entendre au sein de l’Eglise catholique. sa mission, « promouvoir et protéger la doctrine et des mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique », fait rapidement de lui le champion de la chasse aux théologiens de la libération, désormais officiellement réprouvés. dès l’année suivante l’Opus Dei obtient du Vatican ses statuts définitifs, entre autres de ne dépendre que du pape,  L’expression intégriste la plus vigoureuse au sein de l’Église, comme le qualifie le théologien Hans Urs Von Balthazar, échappe ainsi aux accusations de secte. S’il parvient à museler les voix dissonantes à l’intérieur de sa chapelle, il n’entend pas non plus les autres Églises chrétiennes, et se montre rétif à tout effort œcuménique. je pense inutile d’aborder sa conception des autres religions...
c’est au cours d’un discours prononcé en décembre dernier devant la Curie Romaine qu’il lance son dernier anathème homophobe. s’inspirant directement des écrits du rabbinBernheim, Grand Rabbin de France, radicalement hostile au mariage pour tous, l’Église redit son grand « oui » à la dignité et à la beauté du mariage comme étant l'expression d'une alliance fidèle et féconde entre l'homme et la femme, le mariage homosexuel en portant atteinte à l’union naturelle menacerait autant la vérité que la paix. de son trône il invitait de la sorte les fidèles à se battre contre ce qu’il présentait comme une déviance contre nature. ce qu’il reprend et développe dans son message lu à l’occasion des Journées Mondiales de la Paix, le 1er janvier 2013 :
La structure naturelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c’est à dire l’union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d’unions qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable... Cette action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, car cela constitue une offense faite à la vérité de la personne humaine, une grave blessure infligée à la justice et à la paix.
le dimanche 16 décembre 2012 une quinzaine de personnes se sont manifestées sur la Place Saint Pierre pendant l’angelus, ils entendaient protester contre l’homophobie vaticane en brandissant quelques pancartes indiquant : « Joseph, on t’aime » « homophobie=mort » « le mariage gay ne menace pas la paix. les armes oui ». ce qui a stupéfié le monde c’est la réaction de la police italienne associée aux gardes du Vatican. après confiscation musclée puis destruction de leur matériel de propagande, ils se sont vus conduits et retenus au poste, traités comme des terroristes pendant plus d’une heure, au prétexte d’avoir commis, aux yeux de l’Eglise, une abomination et non un simple flash mob. ce type de manifestation est fréquent mais c’est la première fois qu’il suscite une telle répression.
le 13 janvier 1998 : Alfredo Ormando s’immole par le feu sur la Place Saint Pierre pour protester de l’attitude de l’Eglise à l’égard des homosexuels. il meurt après 10 jours d’agonie, officiellement on donne à son geste des motifs familiaux. la date de sa mort est devenue Journée Mondiale pour le Dialogue entre les Religions et l’Homosexualité, son sacrifice aurait pu servir à quelque chose, mais le Vatican a toujours boudé ces rencontres sous l’efficace pression de Monseigneur Ratzinger..
le 03 août 2003 : nouvelle sortie choc du Cardinal-Préfet au nom de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), Les unions homosexuelles sont nocives pour le développement de la société, la tolérance du mal est très différente de sa légalisation. c’est que, arque boutée tant sur les Ecritures que sur l’Institution Romaine, la CDF prépare un arsenal argumentaire visant à contrer ce projet venu de Bruxelles qui tendrait à promouvoir le mariage pour tous en Europe.

dès lors la Curie ne se cache pas de faire pression directement sur le gouvernement italien face à un éventuel projet de légalisation, mais elle ne se prive pas d’adresser des messages clairs à tous les gouvernements. de même, partout en Europe, l’Eglise s’active à tous niveaux pour que, du paroissien de base au sommités dirigeantes, chacun s’arme contre la monstruosité à venir. la lutte n’a pas été facile pour les militants d’ARCIGAY, plus que tout autre présents sur ce front contre l'homophobie vaticane.


l’association des croyants gay Emmanuele déclare à propos du travail de la CDF  quil n'a pas été créé à l'écoute de la personne, mais d'une réflexion détachée de toute référence à la vie, dogmatique et impérative. le résultat d'une théologie conservatrice qui prétend entrer dans les consciences des hommes et au sein du gouvernement. Il s'agit d'une régression par rapport à la grande liberté et ouverture du Concile Vatican II. Mais le peuple de Dieu prend maintenant une direction différente de cette théologie.

le 08 12 2008 : le Pape Benoît XVI s’est exprimé négativement au sujet de la proposition française à l’ONU de dépénaliser l’homosexualité, dans l’enceinte de l’Assemblée Monseigneur Migliore oppose le véto du Vatican en son nom. une manifestation LGBT spontanée se regroupe sur la Place Pie XII (frontière entre l’Italie et le Vatican) pour exiger leurs droits. Gay in Piazza est né. la manif évolue en sit in puis veillée aux chandelles au cours de laquelle sont commémorés les homosexuels qui dans 80 pays sont tués, torturés et emprisonnés du seul fait de ce qu’ils sont. la députée transgenre Vladimir Luxuria présenta un nœud coulant pour symboliser la fraternité internationale des gay, puis demanda une audience auprès du Pape qu’il n’a jamais obtenue, bien sûr.en 2008 neuf pays appliquaient la peine de mort à l'encontre des homosexuels.
le 14 décembre 2012 : le Pape reçoit et béni Rebecca Kadaga promotrice de la loi qui instituera la peine de mort pour les homosexuels en Ouganda. loin de s’émouvoir des réactions qu’il provoque, sa nouvelle amie semble l’inspirer quand trois jours plus tard il anathémise le principe de mariage entre personnes de même sexe.
voici un résumé de la carrière et un aperçu du profil de celui qu’on nous présente à l’envie depuis deux jours comme un très grand théologien, un humaniste doué d’une écoute extraordinaire. cet homme est une souffrance et une insulte permanente pour tous les homosexuels, croyants ou non. en 2013 six pays appliquent la peine de mort pour homosexualité réelle ou supposée, et dans plus de 60% l'homophobie a force de loi, et ailleurs nombreux sont ceux qui se sentent autorisés à y penser très fort. les prises de positions tranchées du premier des catholiques ne sont pas étrangères à cet état de fait.

10 février 2013

...Καίτη Μπελίντα "λατρεία μου"


λατρεία μου, ça veut dire "mon amour". dans quelque langue que ce soit, ce sont des mots que je souhaite à tous d'avoir prononcé un jour. en avoir connu le vertige, l'implicite abandon de soi qu'ils supposent. cet instant de transcendance qu'ils inscrivent dans une relation, ce "point phosphoreux où toute la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée, et par quoi ??? : un point de magique utilisation des choses." pour citer Artaud.
voilà que tous ces derniers jours, privé de mon amour, je me suis laissé absorber par le débat à l'Assemblée Nationale, de bruit de fond, l'émission est devenue le moment fort de mes journées. voir vivre, dans son cadre naturel rouge et or, cette petite communauté d'élus, donc de gens bien, s'imaginant débattre du droit des autres m'a positivement ravi. moi, jadis farouche opposant du mariage en tout genre, il m'a d'abord fallu déminer mes propres contradictions. assumer mon propre débat interne. dilemme vite résolu à l'écoute de l'argumentaire réactionnaire. en effet, le mariage ne fut qu'un prétexte, et très vite ces esprits supérieurs y substituèrent des termes repoussoirs : PMA, GPA comme autant d'alarmantes poupées vaudou toutes prêtes à nuire, chacune représentant, dans l'exposé, l'aboutissement dramatique du danger homosexuel. mais aussi le danger de la science, cette folie sur laquelle on s'appuie sans en rien maîtriser, et pire encore, dont les lois s'opposent diamétralement à celles de la Nature éternelle et matricielle si souvent invoquée ces jours-ci. le ridicule absolu de certains intervenants venant opportunément garantir le sérieux de leurs complices. comme au théâtre. affaire de dosage, la pièce fut bonne, de toute façon la fin était connue de tous.
cependant comme dans toute farce, il y a, par sa négation même, le point de vue tragique qui l'inspire. ce drame social dont émane son délire.
vu de mon coin, le fait de remettre en cause l'actuel cadre social ne me pose pas problème intellectuellement, même s'il en va parfois différemment au quotidien... mais le risque de l’émergence de l'affirmation homosexuelle dans les dogmes de la morale petite bourgeoise est patent. ce système patiemment élaborée des siècles durant sur des axiomes judéo-chrétiens arrangés et des classifications d'Ancien Régime, reprend à son compte le modèle de la Valeur Morale partagée garantissant l'aliénation des petits et interdisant l'émancipation des différences. l'argument qui fait du mariage pour tous le ralliement d'un groupe marginal à ces valeurs n'illusionnera qu'un temps les plus crédules. la revendication réelle est la visibilité sociale, la normalisation, la banalisation. il ne s'agit pas d'un phénomène de groupe mais d'un phénomène humain beaucoup plus ample qui induit de larges évolutions culturelles. il n'y a de ralliement qu'à l'individualisme qui est la revendication dominante depuis près d'un siècle. la liberté individuelle est une notion tellement neuve que le législateur lui court sans cesse derrière pour en imaginer des contours. 
le mouvement s'accélère, la libération serait-elle proche? à en croire les argumentaires déroulées contre nous, cette proximité me semble devoir se compter sur des échelles de temps géologiques

maintenant tango et instants de poésie pure :

06 février 2013

les ébats des antis du débat


j'ai toujours pensé de la foi qu'elle devait demeurer du domaine de l'intime, tout au plus du privé. si certains, c'est concevable, ont besoin de la religion pour exprimer le lien social que cela représente à leurs yeux, il me semble extrêmement juste de contraindre ses manifestations en des places et des temps dévolus. pour ne pas paraitre extrêmement coercitif j'ajouterai que seule la liberté des consciences justifie cet encadrement rigoureux.
le fait est que chargé d'une histoire si lourde, combien de fois terrifiante, ou plutôt que l'édifier il rabaissa l'humain à ses plus basses passions et s'employa à le maintenir dans une dépendance mentale pathologiquement idiote et économiquement avilissante, le fait religieux est demeuré la plus pérenne des manifestations humaines. avec peut-être la guerre à laquelle il est d'ailleurs régulièrement lié. aux goupillons de toutes obédiences d'introduire les sabres pour ensuite en justifier la douleur. on serait en droit de se demander comment, chargé d'un passif si lourd, il est encore concevable d'en autoriser, sinon l'existence, du moins les exubérances et les inconséquences tant intellectuelles que morales.
la religion, je ne parle pas de sa nature mais de son fait, est synonyme de manipulation, il n'y a pas de hiérarchie dans ces aliénations sectaires que l'on voudrait faire passer pour volontaires; et au noble argument du don de soi on a trop vu se substituer l'acharnement à faucher les consciences pour en déposséder leurs propriétaires. 
il n'est pas dans mes moyens de dénigrer l'irrationnel, je critique ces amphitryons qui s'en estiment maîtres. à des degrés divers chacun en connaît ses propres accès qu'il quantifiera selon son seul discernement.
l'actualité nous permet de constater la pathétique instrumentalisation des ersatz de la foi par des cagots bondieusards. sans craintes de comportements et de propos absolument grotesques, gourous et adeptes se livrent sous nos regards à un déferlement jubilatoire de toute cette haine qu'ils appellent, sans ruser d'avantage, amour. et "l'amour n'est qu'illusion" écrivait Rousseau.
mais franchement, la colère passée, je me réjouis de cette preuve par l'image, par les images, que se sont plu à afficher ces conformistes exaltés. d'abord leurs alliances contre-nature de monothéismes qui s'écharpent depuis des siècles et soudain fusionnels dans l'anathème et la haine de l'autre. ensuite cette course effrénée à qui sera le plus ringard, le plus obsolète. sorte de régurgitation sociale, l'intégrisme réactionnaire s'est paré de ses plus beaux atours pour nous convaincre de son incroyable survivance dans ce pays en 2013. en rétrogradant eux mêmes leurs rituels à des niveaux folkloriques, pour exciter la curiosité médiatique, ils en révèlent l'irréversible anachronisme.

 

16 janvier 2013

les pharisiens dans la rue


je vous regarde, je vous écoute. troupeau docile derrière vos pasteurs démasqués. vous bêlez votre leçon apprise par cœur comme les premiers de la classe ânonnent un poème qu'ils ne comprendront jamais. pancartes imprimées, slogans éprouvés, vous vous donnez le sentiment d'être contre, vous qui avez toujours été pour. pour l'ordre, pour la loi, pour la foi. sans jamais vous interroger davantage. sans oser critiquer. vous qui avez toujours été lisses, comme il faut, bien pensants et normatifs. qu'imaginez-vous que vous êtes? des penseurs? des modèles?
vos chefs vous autorisent ce combat séduisant aux formes atypiques, ce qui déjà vous exalte. vous vous agitez de l'exotisme de la situation, de cette mise en scène savante qui, bien que minuscules et médiocres, vous fait paraitre  gigantesques et clairvoyants.
je vous regarde, tout excités que vous êtes de votre démarche, de votre force, de votre pouvoir. vos regards satisfaits me disent qui vous êtes vraiment. il y règne une joie indécente et coupable qui s'assume parce qu'elle se partage entre vous. elle vous sert de reconnaissance complice. la joie d'être du bon côté au bon moment. une joie si française, si facile, celle des versaillais ou des vichystes. de ceux qui se taisent toujours, même après Charonne, même après avoir vu pendant des mois les défilés de prisonniers nus dans les rues de Drancy. ceux qui, après, élèvent des monuments et y déposent fleurs et lacrimatoires. vos yeux ont cette jubilation qui se partage aux pieds des potences, coupable et triomphante. cette jouissance à se retrouver si nombreux alors que vous vous sentiez si seuls à penser autant de vilaines choses.
mais c'est pour ça que vous êtes là. pour faire la preuve qu'elles ne sont pas si vilaines ces choses. qu'elles sont mêmes des évidences, des banalités. c'est pour ça qu'ils vous ont mis là vos patrons, pour clamer bien haut et en nombre ce ramassis de fausses affirmations, de syllogismes anachroniques, de concepts bêtas, d'allégations hasardeuses, de mensonges avérés, avec la solide assurance des multitudes anonymes, du bon-sens, de l'empirisme personnel devenu commun sous l'effet de la foule. triviaux vous devenez orgueilleux.
je vous regarde, je m'aperçois que vous êtes toujours là avec votre peur qui veut empêcher l'autre de vivre, votre égoïsme irrationnel qui vous permet de croire que vous êtes exemplaires, qu'il n'y a d'autre vérité que la votre. d'autre humanité que celle qui vous sied. votre hypocrisie qui vous permet de simplifier, caricaturer, moquer, et par dessus tout vous procure cette douce satisfaction d'avoir tout compris et de pouvoir tout expliquer.
je regarde les couards que vous avez toujours été, si résolus dans les mains de vos maîtres, à l'abri de vos dogmes antédiluviens, invoquant des dieux que vous trahissez de bonne foi, des enfants que vous n'aimez pas, un Amour qui vous est étranger, un ordre social naturel qui n'existe pas, n'a jamais existé ailleurs que dans les fantasmes rétrogrades des obscurantistes de tout poil lorsqu'ils s'emploient à justifier l'ordre établi nécessaire à leurs intérêts immédiats. 
je regarde et je me sens sali de ce que vous êtes, béats de haine, fielleux et jaloux. votre pusillanimité coercitive me désespère autant qu'elle m'interroge. comment pouvez-vous vivre dans votre univers en noir et blanc, bien et mal, beau et laid, mâle et femelle, ces duels réducteurs qui vont à l'infini s'acharner à la destruction de l'altérité?
je vois en vous une humanité désespérante que le néant devrait engloutir aussitôt. vos revendications de démocrates sont de fait le relais présent de la masse des arbitraires que répand depuis la nuit des temps un peuple de cul-terreux analphabètes.
voilà donc ce qu'à mes yeux vous représentez, la bêtise éternelle, normal que vous vous soyez retrouvé si nombreux.
..."Mais malheureux êtes-vous, Pharisiens, vous qui versez la dîme de la menthe, de la rue et de tout ce qui pousse dans le jardin, et qui laissez de côté la justice et l'amour de Dieu. Malheureux êtes-vous, Pharisiens, vous qui aimez les premiers sièges dans les synagogues et les salutations sur les places publiques. Malheureux, vous qui êtes comme ces tombes que rien ne signale et sur lesquelles on marche sans le savoir... Vous aussi légistes vous êtes malheureux, vous qui chargez les hommes de fardeaux accablants, et qui ne touchez pas vous mêmes d'un seul de vos doigts un seul de ces fardeaux. Malheureux vous qui bâtissez le tombeau des prophètes alors que ce sont vos pères qui les ont tués."... Luc.

19 novembre 2012

"tu honoreras ton père et ta mère"

Forse qualque lettore troverà che dico delle cose banali. Ma chi è scandalizzato è sempre banale. E io purtroppo sono scandalizzato. Resta da vedere se, come tutti coloro che si scandalizzato (la banalita del loro linguaggio lo dimostra), ho torto, oppure se ci sono delle ragioni speciali che giustificano il mio scandalo. Pier-Paolo Pasolini.
Peut-être des lecteurs trouveront que je dis des choses banales. Mais ce qui est scandaleux est toujours banal. Et malheureusement je suis scandalisé. Reste à voir si, comme tous ceux qui se scandalisent (la banalité de leur langage le prouve), je me trompe, ou bien s'il y a des raisons spéciales qui justifient mon scandale." Pier-Paolo Pasolini.
c'est quoi cette tradition qui représente le bonheur sous la forme d'un couple hétérosexuel avec enfants, évoluant dans un espace familial radieux et qui se nomme mariage?
on sait quand même que si le mariage est une tradition celle-ci varie grandement d'une culture à l'autre.
de par le vaste monde il semble bien que le mariage occidental et ses valeurs ne soit pas l'archétype du genre. personne d'ailleurs ne paraît nous l'envier, nul observateur extérieur ne le juge parfait.
dans son propre contexte culturel cette tradition n'a cessé d'évoluer. l'idée seule de "mariage d'amour" d'un homme et d'une femme eut fait hurler de rire l'immense majorité de nos ancêtres (qui n'en avaient guère l'occasion) jusqu'à une date très récente. je ne parle même pas de cet amour allant jusqu'à irradier la progéniture légitime des intéressés, cette notion là est trop neuve. l'amour c'est hors mariage. sexuel autant qu'émotionnel. historiquement le mariage s'établit d'abord en vue d'un gain économique. cela est universel. il s'agit, au mieux d'acquérir du bien, au pire de limiter les frais. c'est un contrat entre deux personnes dont la différence sexuelle contraint l'accouplement et la procréation. raison sociale. la constitution d'un patrimoine induit l'encadrement de la transmission de ce patrimoine. raison familiale. comme n'importe quel contrat c'est longtemps à l’Église qu'en revint la gestion. la même sacralisation d'un acte contractuel se retrouve autant chez le notaire que dans un prétoire laïque. l'acte signé comme le serment juré deviennent inviolables par nature. l'humain et ses faiblesses n'y intervient plus. cela est sensé se situer au-delà des passions humaines.
j'ai dit que l'amour et le mariage n'étaient pas associés. l'amour est passion, le mariage est acté. les romantiques y voient souvent même un obstacle, l'amour est ailleurs, et impossible du fait de la pression sociale, le XIXème siècle, naturaliste et psychologique, envisage l'éventualité d'une relation intime entre les époux les projetant soudain dans l'émotionnel, le pathos. domaines jusqu'alors réservés aux adultérins et aux "pervers".  
une culture, à moins qu'elle soit morte, évolue sans cesse. si l'amour a intégré le mariage, il l'a fait dans sa fulgurance et son aveuglement, son besoin de reconnaissance comme de fusion, sa nécessité biologique et émotionnelle. l'amour humain est demeuré sans obligation de procréation, il s'est révélé libre tel qu'il a toujours été, et hors des contraintes sociales.
cet amour doit faire comprendre aux gens que leur perception de la société et des rapports entre les sexes est dépassée. la société occidentale a changé, et nous sommes en présence, en coexistence, avec un monde neuf, jeune , inventif qui se forme ici et maintenant, sous nos yeux et avec nous. ce monde nouveau est en place, il est là, il suffit de regarder pour s'enthousiasmer avec lui, profiter de cette émergence, en capter les bienfaits.
réactionnaires, ces gens sont entrain de décrocher en mésestimant ces évolutions, en ratant quelque chose d'important ils s'excluent eux mêmes du sens de la vie.

Sean Hart, Seanhart diary, Rio de Janeiro, 2011


16 novembre 2012

manifestations publiques de tendresses


ne pas taper "kiss-in corse" sur son moteur de recherche si on craint la déception.
cependant il semblerait qu'ailleurs la manifestation ait connu un certain succès.
réjouissant.
Place de l'Hôtel de Ville de Paris.
ancienne Place de Grève.
fêtes et supplices.
sous les baisers les âmes braisées des bougres immolés
printemps 1720, Philippe Basse et Bernard Mocmanesse
qui n'avaient pas 20 ans
été 1750, Bruno Lenoir et Jean Diot
pour les derniers bûchers de ce type.
en quelque sorte cette
déferlante affective
leur rendait justice.
maintenant je trouverais judicieux que les homophobes contemporains, toujours si bien inspirés se réunissent eux aussi. et comme ils aiment bien prendre le contre-pied de ceux qui alimentent leur haine et leur bêtise, qu'ils n'hésitent pas en ces mêmes lieux, que leurs semblables ont en tout temps peuplés de fantômes martyrisés, à s'y gifler allégrement avec toute la détestation dont ils sont capables.

12 novembre 2012

le propos dominant

  "Si vous n'êtes pas vigilants, les médias vous feront détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment" Malcom X

ça m'a pas semblé bizarre d'entendre L.Jospin exprimer posément ses laïques réticences à propos du projet de loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe. ça cadre plutôt bien avec le personnage. c'est malheureusement pareil pour les Boutin, Vanneste, Zemmour, Dassault, Copé, Vingt Trois, Sarkozy, ...etc, pléthore de penseurs accrédités qui n'ont pas plus de vice intellectuel que de se conformer à ce qu'ils sont sensés vendre aux masses, à commencer par leur image-miroir. 
par contre je suis surpris quand les Guignols de l'info choisissent, pour illustrer le même sujet, une animation où l'on voit Mickey enculer Dark Vador. idem à Groland : "Fion-Fion, quel délicieux surnom qui me fait penser logiquement au 2ème sujet de la semaine : le mariage homosexuel", je ne cite que ce que j'ai entendu ce week-end, ce n'est pas que de l'humour de fonds de tiroirs, c'est un peu trop dans l'air tout ça, c'est de l'humour légal, de la verve formalisée, c'est dans ce même air qu'on retrouve les grosses vannes salasses qui continuent à faire s'esclaffer les beauffes des deux sexes entre eux. ça me semble être tellement une émanation de la pensée dominante que je trouve extrêmement regrettable de l'entendre fuiter de tous les côtés sans plus de critique que de distance.
je me soucie autant de voir des élus de même sexe "interpréter" un mariage médiatique et symbolique pour la cause et sitôt passée "la fête" se faire un devoir de rendosser leur hétérosexualité naturelle. comme s'il n'y avait pas eu de volontaires parmi les personnes concernées, à moins qu'on ait estimé qu'ils ne pouvaient se représenter eux-mêmes. on tombe vite dans la bouffonnerie racoleuse. 
le fond commun de ces clichés autorisés me paraît s'enraciner depuis toujours, et plus encore en période de débat, dans la confusion lexicale savamment entretenue avec les termes d'orientation et de préférence sexuelle. contrairement à l'hétérosexualité il semble qu'on veuille les rendre synonymes dés qu'ils s'appliquent à l'homosexualité. alors que ces préférences ou pratiques sont le tronc commun de l'humanité créative toute entière et tous sexes confondus, elles deviennent déterminantes en ce qui concerne un seul groupe humain. l'homosexualité ne serait donc, chez les garçons, qu'enfiler sa bite dans le rectum du copain. on ne peut plus réducteur. passer outre un univers culturel, des choix de vie, des exigences de morale, un tissu relationnel, des sentiments humains, des opinions politiques, une famille, une religion. c'est refuser aux pédés leur rôle social, les recadrer indéfiniment dans l'univers de leur chambre à coucher, celui-là même qui devrait rester de l'ordre du partage intime devient de fait leur vitrine sociale, la vitrine d'un sex-shop qu'on ne veut pas voir s'établir hors du quartier réservé, celui que la bien-pensance octroie aux vices et leurs outrances.
les blagues homophobes contribuent à créer et maintenir une opinion publique responsable de millions de cas de souffrance et de cruauté, injuste et évitable. Discrimination, agressions,et à l'occasion, des meurtres par haine. Il faut s'en rappeler avant de se moquer de l'orientation ou de l'identité sexuelle des autres. Respecte.
Jaume d'Urgell est un homme politique espagnol.PSE-EE.


21 septembre 2012

le mariage, lareligion, le droit et le "débat"

 un article de Johan LePort Letexier paru dans Témoignage Chrétien :

Église et homosexualité : la tentation théocratique


soyons restrictif et corroborons d'emblée le propos de l'auteur  : voici une revue qui n'entre pas dans mes lectures habituelles. cependant j'apprécie Johan LePort Letexier, que je retrouve toujours avec plaisir dans la revue Minorités. il parle avec clarté de la foi associée à l'homosexualité. en interne comme en externe. je veux dire tant par les gays croyants qui se trimballent, ce qui devrait être une grâce, comme le bonnet du ridicule, que par les gays incroyants si prompts à moquer à travers des individus fragilisés les institutions qu'ils ne représentent pas forcément. j'en parle en connaissance de cause, ayant moi-même pratiqué l'amalgame discriminatoire autant que fréquenté certains cercles religieux au crédo officiel homophobe. (certes pas en même temps).
cet article se suffit à lui même, il met à plat une réalité et s'adresse à tous, il s'agit d'institutionnaliser un fait existant, c'est à dire le faire entrer dans la loi, parce que dans ce pays la loi prime. et avant toute chose elle prime sur la religion.
alors qu'elle ne devrait prendre appui que sur cette seule vraie force de l'humain qu'est la spiritualité, la religion, historiquement, est régulièrement réduite à en flatter les pires aspects et exploite les plus sournoises de ses faiblesses. elle devient ainsi l'arme redoutable de la bêtise, largement utilisée par les politiques. le goupillon ne s'éloigne jamais trop du sabre, du pupitre non plus.
des débats se sont engagés, et des prises de parole ont eu lieu. c'est le début. beaucoup de haine en perspective pour nous expliquer ce que nous sommes et devons être. c'est un moment important. alors même que certains chantent la tolérance sur tous les tons, il s'agit souvent d'une tolérance à sens unique. toutes les victimes d'exclusion le savent, c'est à eux qu'il incombe de supporter l'intolérance, le rejet, la violence et l'exécration dans l'interminable attente de jours meilleurs; le droit à la parole n'est pas de leur côté. on entend déjà parler de "passe d'armes" à venir. c'est un combat réel, celui du droit à la banalité. la liberté n'est jamais acquise.

23 juin 2012

absolue troublitude

j'ai toujours été impressionné par le courage d'une Ségolène Royal. en tout premier lieu parce qu'elle a eu le cran de ne jamais se comporter en victime dans un monde politique si outrageusement masculin. univers mental qui des électeurs/trices aux élus/es, systématise sa préférence pour les paires de couilles, quelle qu'en soit la couleur. n'importe quel tocard bénéficiant de la présomption théorique d'être possesseur de l'attribut magique profite derechef de cet à priori positif . même si on a affaire à la pire fiotte qui soit!!
Ségolène Royal n'instrumentalisa jamais sa féminité, l'usage machiste autorisant l'affirmation d'une autorité féminine si elle se place entre deux minauderies stériles et la constante et tacite reconnaissance de son maître. 
non, elle est demeurée elle-même. sachant dire je aussi bien que non. cela revient à dire que je l'ai toujours trouvée supérieurement intelligente, ce qui n'est pas le cas de toutes les combattantes et encore moins des combattants.  
évidemment l'intelligence ça ne paie pas.
jamais je n'ai cru que le PS fut un parti de gauche. idéologiquement d'abord, bien sûr dirais-je. mais aussi parce que la gauche est disciplinée, la discipline du parti ça s'appelle. à prendre ou à laisser mais quand on est dedans on pratique. sinon à quoi bon, je vous le demande! vous vous rappelez JL Mélenchon, avant de monter à la tribune, apostrophé par un militant communiste? il l'envoie bouler en disant quelque chose genre : "t'es militant ? raison de plus pour fermer ta gueule" ça nous avait bouleversé les gentils démocrates de droite, les Apathie comme les Zemmour. le PS c'est le bordel,. la surenchère pathétique des individualités, le sport vicieux des médiocres qui s'éblouissent entre eux pour mieux se haïr, rarement exceptionnels ça va de soi... d'autant que dans un tel climat ça fini par être mal vu.  la tendance serait davantage au nivellement, à l'écrasement, à la promotion ravie de la contre performance, à l'observation jalouse de l'autre.
dans cette ambiance de stérilisation des talents certains font tache,
regrettable qu'après avoir bouffé cinq ans de soupe sarkoziste dans les pages putassières d'une presse excrémentielle promue soudain presse politique, voire d'opinion, il faille y retrouver les actuels dirigeants de ce pays, à leur tour piégés par cet état d'esprit si contemporain parce que la compagne du premier magistrat s'est soudain senti pousser les ailes d'une garce.
je pensais enfin en avoir fini de ces conneries, qui firent d'Ariane Massenet une chroniqueuse révélée et des pages de closer les égales de celles du Monde. mais non, ça nous vient comme une odeur de pet pendant la messe, l'égo de la bonne-amie présidentielle s'est senti dans l'obligation d'exister très fort, merci tweeter, voilà un petit air de modernité dans ces vieilleries de l'humanité que sont les histoires de bonnes-femmes ou réputées telles. 
en fait j'avais pas envie de parler de tout ça. c'est ce matin en voyant la une de Elle : photo de qui l'on sait avec pour titre-légende Seule contre tous. là franchement je pense qu'elle charrie, c'est pas forcément utile d'en remettre une couche tous les trois jours. et puis de cette manière, car on entre dans un nouveau discours, celui de la pauvre-victime. ça m'a fait illico penser à ce qui constitue le principe intellectuel du sarkozysme : la victimisation, la victimisation positive. la victime est naturellement innocente et gentille, c'est elle qui refait de nous des êtres humains grâce au petit bout de sparadrap qu'on lui apporte, et tous ceux qui embêtent la victime sont naturellement les méchants sans cœur. le précédent président en avait fait une politique réflexe, remplaçant autant l'écoute que les actes, s'engrangeant un électorat de débiles masochistes prompts à se brûler avec la queue de la casserole pour pouvoir insulter la cuisinière et devenir un instant les chouchous du chef.
non, vraiment je pensais qu'on était débarrassé de toutes ces turpitudes.  je crains en plus que dans la phase deux de sa maladie cette dame ne se mette à traquer tout ce qui se dira d'elle, et qu'en place de tweets maladroits, elle envoie de ces plaintes judiciaires qui sont aux grands d'aujourd'hui ce que fut la vérole en d'autres temps, la marque de leur petitesse.
 

21 janvier 2012

perspectives désabusées

 le 21 janvier c'est l'anniversaire de la mort de Louis XVI. un choix politique assez définitif.
dans son très célèbre, parce qu'heureusement très lu, la Stratégie du Choc, joliment sous-titré la montée d'un capitalisme du désastre, Naomi Klein met en relation des méthodes de tortures développées par la CIA, visant à détruire des résistances individuelles afin d'obtenir la soumission des individus, avec les théories de l'économie ultra-libérale élaborés par Milton Freedman, lesquelles tendent à instaurer un capitalisme glouton, dévoreur d'économies entières d'états, sitôt assujettis aux diktats de l'économie privée. 
le régime donc sous lequel nous tentons de survivre. on peut également le voir désigné du beau vocable de capitalisme de la liberté (du titre d'un de ses livres). malheureusement pour lui Milton nous quittait en 2006... pas assez de souffle pour aller jusqu'à la crise de 2008 et son triomphe avec l'Exemple Grec et le début du cycle de tortures publiques infligées aux Hellènes. bravo Milton, t'avais visé juste! faut dire que tu nous avais glané le nobel au passage des seventies!, ce qui ne pouvait être le fait d'une moitié d'abruti, et aussi, vissé comme tu l'étais du côté du fric et de la force c'est moins compliqué de mettre des mots sur l'avenir, moins que pour l'économiste de base qui fait de l'économie à la Monsieur Jourdain, au mieux quand il reçoit son relevé de banque. mais ne soyons pas aigris. 
ce qui présentement me fait mal au cul, c'est de me dire qu'on est à trois-quatre mois d'élections majeures et que j'arrive pas à rentrer dans le sujet... (tout comme je suis pas allé au bout des 30 pages d'Indignez-vous!, un comble!, viscéralement je pense : Révolutionnez-vous! 'tain!!) 
sans revenir sur mon absence totale d'excitation quand paraît le candidat Hollande François, je ne mentionnerai ici que les doutes qu'il m'inspire.
doutes nés de l'expérience, expérience dite du cocu. historiquement la gauche socialiste au pouvoir en 81 n'a pas été longue à nous faire son coming-out néo-libéral, en 83 c'était plié. les mesures qui parsèment la période 83-86 font le lit du libéralisme économique quand elle n'en reprennent pas tout simplement le crédo. aucune politique venant rompre avec le passé pour des perspectives innovantes. avec le retour d'un gouvernement de gauche de 88 à 93 aucune remise en cause des torsions droitières malsaines que le premier ministre Chirac avait fait subir au pays. quant à la période Jospin, à partir de 97, c'est par pans entiers que le système-France-que-le-monde-entier-nous-envie se casse la gueule. tout y passe, recherche, industrie, éducation, santé, culture... on ne dit pas encore détricoter mais on sait déjà le faire. et que dire des 35 heures, le travailler moins pour gagner moins qui condamne les plus faibles à additionner les quarts temps... le jospinisme fut l'abandon des classes moyennes bas revenus sur l'autel du profit et de la pensée unique économique, jetant une partie de la population dans la précarité, Jospin fut le père spirituel du travailler plus pour gagner plus...
quid de l'avenir?, qu'est-ce qui pourrait bien nous suggérer l'imminente manifestation des ruptures nécessaires? surement pas le choix d'un directeur de campagne dont l'activité professionnelle est directement assujettie au CAC 40 via sa vice-présidence du Cercle de l'Industrie qui n'est pas une association gauchiste bienfaisante mais un puissant levier patronal. encore moins des propositions dont la prudence racoleuse est le grand dénominateur commun.
s'il est bien inutile d'être extra-lucide pour ne pas imaginer des lendemains qui chanteront en mai 2012, faut il d'abord être extra-crédule pour prêter foi à un discours minimaliste qui pourtant se targue de ramener le sens du peuple dans l'esprit des futurs gouvernants?
conclusion, la gauche socialiste ne me convainc pas et cependant elle me semble de toute évidence la seule gauche à pouvoir remporter ces élections. je suis totalement désespéré... 'tain François! fais moi bander!!


"On abandonne tous terrains collectifs, on se replie sur son existence individuelle ou micro-familiale, on se soucie de rien qui dépasse le cercle très étroit des intérêts personnels. Ce mouvement est encouragé par les couches dominantes; non pas qu'il y ait, évidemment, une conspiration, mais il y a toute la dynamique du système. La société de consommation, c'est cela: achetez un nouveau téléviseur, et taisez-vous; achetez un nouveau modèle de voiture, et taisez-vous. Même la prétendue libération de la sexualité va en partie dans ce sens. Vous voulez du sexe?  Eh bien, voilà, on vous donne du sexe, on vous donne plein de porno et terminé. Il en est ainsi au plan économique, mais il en est ainsi aussi au plan politique: c'est ce qu'exprime la bureaucratisation de toutes les instances de la vie collective. Faites-nous confiance, on est les experts, on est les techniciens, on est le parti qui défend vos intérêts. On est le président que vous avez élu, on est le gouvernement que vous avez porté au pouvoir, donc faites-nous confiance et laissez-nous faire; vous verrez au bout de quatre ou de sept ans. Tout cela encourage l'apathie des individus, tout cela détruit l'espace public comme espace d'activité collective par laquelle les gens essaient de prendre en charge leur propre destin. On le constate en France, aux Etats-unis, dans tous les pays occidentaux (et autres, du reste). Maintenant, si nous prenons uniquement cette tendance, faisant abstraction du risque de guerre et construisant une sorte de type idéal de l'évolution possible de la bureaucratisation de la société, mais bureaucratisation molle, sans terreur, sans Goulag. Tout simplement, les gens seraient amenés à faire ce que le régime, le pouvoir, les couches dominantes exigent qu'ils fassent en étant simplement manipulés par la dynamique de la conservation et de la consommation, par les médias, par les organismes bureaucratiques qui gèrent les différents domaines de la vie sociale, etc."


 Cornélius Castoriadis, Les significations imaginaires, 1981.